Le jour où j’ai pris une douche au coeur de la brousse béninoise

Il y a bientôt quatre ans (déjà !), je suis partie en mission solidaire (2 mois) au Bénin, à Boukoumbé, ville du Nord du Bénin dans la région de l’Atakora. Riche et intense, cette expérience m’a changé et a réveillé en moi la globe-trotteuse qui sommeillait ! Et maintenant, je partage avec vous réflexions et expériences tirées de ce séjour.

Aujourd’hui : J’ai testé la douche version brousse béninoise et je vous raconte ça !

Pour être tout à fait honnête, lorsque j’ai accepté ma mission humanitaire en pleine brousse (au Nord du Bénin, dans la région de l’Atakora), je n’ai vu que le côté  « aventure solidaire » de la chose. Toutes les petites contraintes liées aux vicissitudes du corps sont passées rapidement à la trappe et les semaines avant le départ je n’étais que rêves et douces illusions (saupoudrés tout de même d’un peu de rationalisme, mais point trop n’en faut).

Sauf qu’une fois sur place, après seulement un jour de vie active en plein soleil, dans la poussière, la chaleur et la transpiration il a bien fallu se rendre à l’évidence : je commençais à être sale ! (je vous signale qu’il fait plus de 50°C quand le soleil est au zénith, alors même avec le meilleur déodorant-anti-transpirant-24h-protection-parfaite, c’est mort ! Et n’oublions pas non plus qu’au fin fond de la brousse tout, je dis bien tout, est en terre !). C’est donc à ce moment exact que j’ai réalisé que non, je n’étais pas un pur esprit et que oui, il allait bien falloir que je me lave à un moment ou un autre si je ne voulais pas être envoyée dormir avec les chèvres et les cochons par mes compagnons de galère.

Les tatas

Ce n’était pas tant l’absence d’eau courante qui m’a posé problème au début (je t’expliquerai quand même par la suite comment ce léger détail rend la chose assez folklorique). En effet la présence d’une pompe, à 5 minutes à pied des cases où nous dormions, a rapidement réglé la question de l’approvisionnement en eau. Il suffisait de se rendre là-bas avec nos seaux pour qu’une pléthore d’enfants se disputent pour avoir « l’honneur », au choix, de remplir les seaux des Yovos (surnom donné aux Blancs), de les porter sur leurs têtes jusqu’à nos habitations ou simplement de pouvoir nous observer en train d’attendre que le tout soit réalisé. (En lisant ces lignes, je t’imagine, outrée face à notre comportement. A ma décharge, sache qu’on a bien tenté de lutter contre cette abnégation mais que ce fut peine perdue. Serviables ces enfants étaient, serviables, ils resteront, que cela nous choque/plaise ou non !).

Le problème de l’eau étant réglé, que demandais-je de plus  ?
De l’eau chaude ? Non, pas réellement nécessaire, l’eau froide délasse et rafraichi.
Du savon ? Que nenni, malgré mon euphorie du départ, j’avais tout de même pensé à ce détail, et avais glissé un tube de gel douche bio (pour pas polluer les terres africaines) dans mon sac à dos. Mais alors, quoi ?

Peut-être, tout simplement, un lieu à l’écart du regard de tous, pour prendre sa douche tranquillement. Car, oui, de douche privée, au cœur de la brousse, il n’y en a point. La conception du corps et surtout de l’intimité n’a aucune commune mesure avec celle que nous avons en France. Si chez nous, on nous inculque depuis notre plus jeune âge qu’une petite fille ne doit ni montrer sa culotte aux autres enfants, ni se promener toute nue passé un certain âge, il en est tout autrement au Bénin. Là-bas, il n’est pas choquant de se laver au milieu de la cour de sa maison au nez et vue de tous les habitants et des visiteurs de passage. Néanmoins, par égard pour notre sensibilité occidentale, nos hôtes nous avaient tout de même construit une petite cabine de douche en paille. Sauf que celle-ci était en réalité en forme d’arc de cercle avec, par conséquence, une large ouverture donnant sur ce que nous pensions être des arbres et qui se révèlera en fait être un lieu de passage entre le village où nous vivions et le marché voisin. Et pour couronner le tout, cette « cabine de douche » était tout simplement ouverte face au feu sur lequel nous faisions cuire notre nourriture ! Alors, certes, nous avions conscience, en nous lançant dans cette aventure, que nous allions être obligé de faire des concessions sur notre intimité (ne serait-ce que par le fait de vivre à dix, 24h/24 pendant six semaines) et que nous serions parfois confronté à des « chocs culturels », mais certains éléments sont plus faciles que d’autres à accepter. Comme il n’était pas question pour nous de nous doucher nus comme des vers devant nos compagnons de voyage mais impensable également de ne pas se laver de six semaines, nous avons établi de manière implicite un plan de bataille. Le premier réveillé (ou plutôt, le premier motivé, ayant rassemblé suffisamment de force pour s’extirper de sa paillasse) sortait de la case, sa serviette sous le bras et son savon dans la main direction : « la douche ». Et là, je peux te garantir que, malgré la fraîcheur du petit matin (les nuits sont froides dans la brousse), l’ouverture béante face au chemin et la nudité inévitable de la toilette, pour rien au monde je n’aurais échangé ma place. A l’instant même où l’eau fraîche rencontrait ma peau, le monde aurait pu s’écrouler que je n’en aurais rien su ! C’était des couches de poussière ocre, de transpiration, la fatigue de la nuit et de la veille qui disparaissaient sous le fin filet d’eau que je versais sur ma peau à l’aide d’un petit gobelet. Parce que, oui, comme je vous l’avais annoncé, malgré la présence d’une pompe à eau dans le voisinage, il nous a tout de même fallu élaborer toute une stratégie pour éviter d’aller trop souvent puiser de l’eau et conforter le cliché  dû au comportement de certains Blancs selon lequel : « les Yovos ils utilisent beaucoup d’eau !! ». Après de très savants calculs (auxquels je me suis abstenue de participer, ayant des connaissances mathématiques toutes relatives), nous en sommes arrivés à la conclusion que chacun avait droit à un gobelet d’eau par jour pour sa douche. Oui, vos yeux ne vous font pas défaut, il est bien écrit UN gobelet par personne (oui, oui, c’est celui en bleu sur la photo !) !

Douche à la mode béninoise

Après, j’en conviens, au début du séjour, chacun de nous pourra confesser avoir volé un peu (oui, oui, seulement un peu) d’eau sur la portion des suivants. Mais en réalité, très vite, en s’organisant bien, on arrive à optimiser son gobelet d’eau et à en avoir suffisamment pour se pré-mouiller et se rincer. Il n’est peut-être pas nécessaire, après, que je vous dise que mon tube de gel douche est revenu à moitié plein à la fin de mes six semaines… Et, pour ce qui était du lavage de cheveux, c’était encore une autre gymnastique que je vous raconterai surement plus tard !

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3 réponses à “Le jour où j’ai pris une douche au coeur de la brousse béninoise

  1. Les Yovos, j’aime beaucoup 🙂 Je trouve ça plus poétique que toubabou, utilisé au Burkina et au Mali. Ça veut dire quoi ? Les Blancs ?
    C’est marrant parce que ces trucs un peu compliqués avec lesquels on ne sait pas trop comment se dépatouiller, ça reste tout de même des souvenirs très exquis. Quelquefois, on se moque ensuite un peu de nous-mêmes d’avoir été emprunté pour quelque chose qu’on finira par trouver très simple. Et d’autres fois, avouons-le, on éprouve tout de même une certaine fierté à avoir réussi à s’adapter assez facilement.
    Sinon je fais gaffe à l’eau en voyage, mais je crains de souvent dépasser la quantité du petit broc bleu.

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