J’ai gravi le Jbel Toubkal au Maroc !

La sonnerie stridente du réveil me tire violemment de mon sommeil. Il est 5h du matin.  C’est tôt. Trop tôt. Le jour se lève à peine, la tente est encore très sombre. Dehors, on entend les mules qui commencent à s’agiter. A tâtons, j’attrape mon pantalon, enfile mon débardeur, mon pull en laine mérinos et sors rapidement de la tente. Dehors l’air est frais. Je me réveille doucement, mon esprit s’éclaircie, j’inspire à pleins poumons cet air pur et rare. On est à 3200 m d’altitude. Un sourire à mes compagnons de voyage. On ne parle pas, il est trop tôt, chacun a besoin de ce petit temps rien qu’à lui avant de débuter une journée comme celle-là.

lever de soleil

Voilà, nous y sommes. Le pourquoi de notre voyage, la raison de notre trek, l’ultime ascension est programmée pour aujourd’hui. Aujourd’hui nous allons monter en haut du Jbel Toubkal, nous allons gravir les 1000m de dénivelé restants, nous allons atteindre ces 4167 mètres tant espérés, tant vantés, tant craints. C’est aujourd’hui et nous sommes prêts.

Malgré nos estomacs encore endormis, nous nous forçons à manger quelques tartines, boire du thé chaud car nous savons que nous allons en avoir besoin pour mener à bien cet effort.

Le refuge au pied du Toubkal

Puis, sans attendre plus longtemps, je chausse mes chaussures de marche, je ressers mon sac à dos et commence à suivre les pas de notre guide berbère. Plusieurs autres groupes de marche  entament l’ascension en même temps que nous. Ce détail va gâcher le début de mon ascension. Je les trouve lents, je voudrais les doubler pour enfin trouver mon propre rythme et pouvoir fournir mon effort dans les meilleures conditions possibles. Mais les chemins sont étroits, caillouteux et les marcheurs peu enclins à me laisser passer. Mohammed, notre guide, sent que plusieurs d’entre nous sont fébriles. Cette montée on l’a attendue, on la rêvée et on veut la faire vite. Cependant le chemin est trop dangereux, on est trop nombreux et il y a trop de risques d’ébouillis. Prendre son mal en patience et marcher en sous-rythme seront donc les deux premiers efforts que le Jbel Toubkal va me demander de fournir. Puis, soudain, le chemin change imperceptiblement, laissant la place à de grosses roches. D’un cri Mohammed nous invite à courir pour dépasser le groupe qui nous a ralentis depuis trente bonnes minutes. D’un seul mouvement, nous accélérons, nous utilisons nos mains, nos pieds, tout notre corps pour parvenir à notre but et nous retrouver devant dans l’ascension. L’effort est de courte durée, mais, à plus de 3000 mètres, il me faut deux bonnes minutes pour retrouver mon souffle et encore cinq minutes pour calmer les battements de mon cœur. Je peux enfin prendre le rythme qui me convient et commencer ma véritable ascension. Personne ne parle. Seul le bruit de nos pas et celui des pierres qui s’éboulent viennent perturber le silence. Peu à peu chacun se distancie, certains ralentissent, d’autres accélèrent jusqu’à trouver la vitesse qui est la leur. Chacun est plongé au fond de lui. Un sentiment de bien-être m’envahie. Je me sens bien. Pour une fois, je me sens parfaitement à ma place. Je ne souhaiterais être ailleurs pour rien au monde. Je vis pleinement ce moment. L’effort est soutenu et plus on monte en altitude, plus l’oxygène se fait rare. Il faut changer sa manière de respirer. La rendre plus ample, plus intense pour emmagasiner le maximum d’air. Il fait également plus froid. A un certain moment de l’ascension le vent se lève. Violent. Glacial. Il est très difficile de respirer. Je dois mettre mon nez sous mon écharpe pour essayer de récupérer ce précieux oxygène qui me fait défaut. Mes mains sont glacées. Je n’ai pas froid car l’effort et mon équipement m’en protège, mais j’ai les mains gelées. Je me souviens alors avoir glissé dans mon sac mes gants de soie, la veille, avant la nuit. Sans m’arrêter, je parviens à les attraper, à les enfiler et peu à peu, je retrouve l’usage de mes mains et je peux de nouveau les bouger.

Maroc, Toubkal Trek - May 2014

Il doit être désormais 7h30 et cela fait 2h que nous avons quitté le campement. Les endorphines et l’altitude font leur effet car je ne ressens aucune fatigue. J’ai rattrapé deux garçons de mon groupe et, par moment, nous trouvons même la force d’échanger quelques blagues pour nous donner du courage. La bonne humeur peut se ressentir. Le sommet n’est pas loin, nous le savons et, déjà, nous ressentons une pointe de fierté d’avoir presque atteint notre but !

Et, soudain, au détour d’un lacet, nous le voyons. Notre cible, notre objectif, notre but : le sommet ! Il nous attire, nous tend les bras ! Notre pas s’accélère, notre excitation est à son comble. Nous apercevons alors les trois premiers membres de notre groupe qui sont déjà arrivés ! Ils nous applaudissent, nous encourage jusqu’à ce que nous ayons posé notre main sur la structure de fer qui symbolise les 4167m gravis !  Ça y est ! Je l’ai fait ! J’ai gravi 4167m ! Je suis montée le plus haut que je n’ai jamais fait ! J’ai envie de rire, de crier. Je serre dans mes bras mes compagnons de route, tout aussi fiers que moi de leur exploit.

Nous voilà au bout du chemin, au sommet du Maroc, au bout de notre voyage. Et, une nouvelle fois, je sais que pour rien au monde je n’échangerais la place qui est la mienne à cette heure !

Jbel Toubkal, je t’ai dompté !

IMG_7748

Pour en savoir plus sur l’étape antérieure à l’ascension, c’est par ici !

 

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